Traces

19 Nov 2025

Dans le sable du Wadi Rum, de tous petits ronds, pattes de souris, des courbes dessinant des infinis, danse du scarabée, des triangles élancés, atterrissage de corbeaux, quelques os de moutons encore recouverts de leurs peaux-poils.
Sur les roches ocre rose, les écrits des nabatéens indiquant les passages vers les sources, des dessins d’hommes et de chameaux. Dans la nuit, des milliers d’étoiles inconnues, une autre face du ciel. Et partout le silence, épais, immense, presque immobile, comme si le temps s’était arrêté.
Des traces de vie, minimales, discrètes, malgré la faune qui se dérobe à mon regard, malgré l’intensité du désert, l’aridité criante, le manque d’eau qui se rend visible dans le paysage, ici comme tout au long de la route. Des kilomètres de désert traversé et toujours la même question : comment vivre sans eau, sans l’ombre des arbres, sans la fraîcheur d’une rivière?
Un lézard surgit, sa peau se fond avec la couleur de la roche. Au loin un oiseau, lui aussi caméléon, mon œil s’habitue peu à peu et les devine, par le rythme de leur vol, le vert sable de leurs plumes, et cet autre siffleur tête et poitrail blancs sur robe noire : le traquet deuil. L’élégance incarnée.
Revenir dans les paysages d’ici, le regard nettoyé par le sable, regarder le flamboiement des lumières d’automne, la mosaïque de feuilles révélée par le gris perle, la queue rousse de l’écureuil jouant avec le vent, les marcassins traversant la route, paisibles, et la note bleue du geai des chênes.
Le silence du désert coule dans mon cœur.
Dans le conte ce soir, cette image de l’eau de source versée dans des coquilles d’œuf. Et celle de ce manteau qui s’agrandit à l’infini. Les paysages se mélangent dans ma tête.
Dans une boîte de douze œufs, déposer des coquilles. Dans chaque coquille verser l’eau pure de la source de la forêt de Saou. Prendre la boîte pour seul bagage, voyager jusqu’au désert. Poser les coquilles dans le sable en un cercle. Douze coquilles comme les heures, comme les mois. Laisser les scarabées faire leur danse magique en circonvolutions. Voir les coquilles se fêler, l’eau ruisseler dans les chemins infinis du scarabée. Remonter dans le bus et voir les rivières se gonfler de joie, tisser leurs tresses, les arbres s’élancer, s’habiller de traquets deuil chantant la renaissance de l’eau. Aller dormir en se disant qu’au réveil les rêves auront fait leur œuvre. Les humains marcheront aussi librement que les scarabées, et danseront à l’infini. Les rivières joueront à divaguer. Le silence sera habité d’étoiles et les humains prêts à s’émerveiller. Sans rien chercher. Juste être là.
Stéfanie
Crédit photo : Stéfanie James – La danse du scarabée dans le sable du Wadi Rum – Jordanie