Réenchanter

20 Fév 2026

Ces derniers mois j’entends à la radio, dans les médias : Plus c’est faux, plus ça passe : l’usage obscène par Trump de vidéos générées par l’IA. Le roi du fact-checking : le Washington Post compte 30 573 fake news prononcées pendant sont mandat. Les journalistes français témoignent de leur difficulté à gérer les dizaines d’intox qui arrivent chaque jour, alourdissent leur travail d’investigation et entravent leur travail de fond sur tous les sujets.

En ouvrant la plate-forme pour composer cette newsletter, pour la première fois, il m’est proposé de la construire plus vite et mieux, avec l’aide de l’IA. Je choisis de continuer à perdre du temps à fabriquer par moi-même, à trouver les chemins de pensée qui me sont propres, sans que ce que je crée soit passé dans un filtre lui-même appauvri de tout un pan de l’Histoire, de la société, des courants de pensée.

Face à cette stratégie du fact-checking destinée à déverser des immondices dans nos yeux et nos oreilles, à nous faire perdre le sens du vrai et flouter les frontières de la fiction, je repense à Saul Alinsky*. Militant et sociologue américain (1909-1972), précurseur des méthodes d’empowerment communautaire, dont l’action consiste à rassembler les populations les plus en difficultés, partir des problèmes réels qui les concernent et les soutenir pour agir – à leur mesure – afin de gagner de petites victoires en petites victoires de meilleures conditions de vie et une réelle et digne place dans la société. Les actions sont toujours : non violentes, réalistes pour éviter le découragement de l’échec et pleines d’humour. Je me demande qu’est-ce que Saul Alinsky inventerait aujourd’hui, comment il agirait face à ce qui se déverse sur nous. En voiture, un soir, je me suis mise à rêver de milliers de fake news joyeuses qui se déverseraient aux côtés de celles de Trump et autres fous autoritaires. Des informations qui diraient le monde que l’on veut voir naître, lui donner naissance par la fiction, par de nombreuses vidéos, articles, infos, leur donnant une allure de vérité, faire advenir le rêve dans le réel.

Lorsque je regarde cette fresque d’Artemile projetée sur la façade de l’Assemblée Nationale, je me dis qu’il y a du Saul Alinsky dans cette action : de l’audace, de l’insolence, un brin d’infraction, du collectif, des populations oubliées qui agissent, de la non violence, de la beauté, de la pensée symbolique, de l’humour. Tous les ingrédients y sont. Féris Barkat me semble être une belle descendance de la pensée-action d’Alinsky et de ses méthodes. Il pense l’art comme thérapie culturelle et outil de justice sociale. Banlieue Climat** est une somme d’actions qui touchent le cœur et font justice.

Quelle place prendre dans le chaos actuel? Quelle posture juste adopter? Où et comment agir? Quand je vois Alinsky et Barkat, cela soutient ma conviction que rien n’est jamais perdu, que les voies du cœur, de la justice, de l’humour, de l’audace un brin irrévérencieuse, de la pensée complexe et symbolique, de la beauté et de la non violence, sont nos alliées. Et les contes de joyeux compagnons pour porter tout cela.

Que le réenchantement du monde advienne. 

 Stéfanie

* https://alinsky.fr/
** https://banlieues-climat.org/
Crédit photo : Samir Bouadla. Une fresque d’Artemile projetée sur la façade de l’Assemblée nationale en juin 2024, à l’aube des législatives : les visages de Aya Nakamura, des tirailleurs, des chibanis et des chibanias illuminent la nuit parisienne. Une initiative de Féris Barkat