Bleu comme un trille de rouge queue

6 Juin 2019

Le ciel est bleu comme un trille de rouge queue

En face de la fenêtre de ma cuisine, un mur.
Certains jours, mon regard n’arrive pas à dépasser cette frontière de pierres.
D’autres jours, ma tête se penche et invite mon regard à attraper un bout de ciel.
Et il y a eu le jour où le rouge queue est venu faire trembler ses ailes devant la petite fissure. Je ne l’avais pas vue. Comme un pont vers l’autre côté du mur.
Il est revenu chaque jour, apportant brindilles et plumes, il a façonné son nid.
C’était comme une danse.
Une danse si belle et si simple qu’elle a effacé le mur.
Un vent de liberté vibrant d’ocre rouge.
Quelques jours plus tard, au bord de la mer :
M – Le ciel ça fait partie de la terre?
S – …
M – Et pourquoi il est bleu?
Il y a des questions qui s’ouvrent comme des fenêtres sur des horizons inconnus.
Comme les oiseaux, les enfants savent ouvrir les fissures dans le creux des murs,
et nous inviter vers de nouveaux territoires à explorer.
Hier, Lionel disait « Les musiciens, c’est comme les menuisiers,
cela fabrique des fenêtres pour amener plus de lumière dans les maisons« .
Dans les tablettes d’argile, de toutes petites fenêtres marquées par le stylet.
Elles étaient bien gardées dans la grande bibliothèque d’Arsurbanipal.
Et il y a eu un incendie.
Cela a séché les tablettes et les a conservé plus longtemps, pour qu’on puisse les lire encore aujourd’hui.
Le feu décimerait nos bibliothèques de papier, il a conservé les livres d’argile.
Avec tous ces murs qui s’élèvent autour de nous, il va falloir réapprendre à fabriquer des fenêtres.
Les enfants, les oiseaux et les musiciens connaissent encore le chemin.
Les grands récits de la tradition orale aussi.
Je monte sur le dos du rouge queue et traverse la fissure. Derrière, on voit la mer.

Stéfanie

Crédit photo : Claudie Stenger