Stéfanie James
Cie les racines du vent
Conteuse

La vigie

Dès le petit matin, son chant fend l’air.

Il est si puissant que je l’imagine immense, aux ailes aussi vastes que celles du gypaète barbu.

Je la cherche, la guette, et puis la voilà : la fauvette mélanocéphale.

Si petite, si menue, si délicate qu’on la devine à peine.

Perchée en haut d’un cyprès, ne dépasse que le duvet noir de sa tête et son œil rouge.

Tout au long de la journée, elle nous rappelle que ce cercle de cyprès, c’est chez elle.

De l’autre côté, la fauvette Orphée chante pour garder un autre cercle de cyprès.

A leur manière, elles crient Terre, Terre, Terre en vue!

La préservation de leurs territoires est tellement plus harmonieuse que la nôtre.

Sur la trame de mes voyages quotidiens le geai des chênes tisse de ses vols planés furtifs et doux.

Une note bleue éclaire mes jours.

Nos vies se mêlent dans une toile ténue, silencieuse, invisible,

dans l’intensité de nos présences au monde.

Le savoir habiter les chênes autour de chez moi me réjouit le cœur.

Le peuple oiseau veille.

Souvent sans que nous nous en rendions compte.

Il assure la permanence du merveilleux.

Dans nos sociétés capitalistes d’information comme le nomme Walter Benjamin,

ils chantent inlassablement et arrivent à nous réinviter au cœur du vivant.

Stéfanie James – Juin 2025