Création 2010

Écriture et récit
Stéfanie James

metteur en scène
Didier Kowarsky

Création lumière
Bertrand Blayo

plasticien
scénographe
Boris Nordmann

Pour adultes
et adolescents
dès 12 ans
Durée — 1h

Vides

Le thème de ma prochaine création s’est imposé à moi un matin :
« le vide ».
Et le gouffre s’est installé.
Un gouffre rempli de questions : Avaient commencé les avances et esquives, entre prise
d’élan et frein moteur, désir et peur, ces gouffres propres au vertige qui précède la création.
Ce serait donc un premier axe de travail.
J’ai commencé à dire lorsqu’on me demandait quelle serait ma prochaine création : « je vais
faire un spectacle sur le vide ». J’ai goûté les résonances induites par cette phrase en
chaque personne. Un nouveau vertige : parler du vide dans un monde où tout tend vers le
plein. Un monde où l’on doit remplir sa vie, remplir son agenda, remplir son frigo, remplir sa
garde-robe, combler le silence, combler les caves et greniers, combler l’ennui. Comment
faire exister le vide dans ce monde-là ?
Un deuxième axe de travail.
La résonance du mot m’est revenue en écho. Elle est venue visiter mes profondeurs, puiser
à la source. De cette source ont surgi le vide primordial et le dernier vide. Ces deux chaos
qui entourent une vie. Un auteur japonais, Issa, a écrit ce haïkaï :
Orage à l’Est
Orage à l’Ouest
Le temps d’une vie
Ces vides d’où l’on vient et où l’on va. Naître et Mourir. Vertige et mystère.
Un troisième axe de travail.
Pour creuser ces trois axes de travail, je souhaite partir à la rencontre de ceux qui ont
apprivoisé le vide : trapézistes, funambules, parachutistes, grimpeurs de haute montagne,
sages-femmes, accompagnants de fin de vie, scientifiques quantiques, méditants, habitants
des déserts de sables et de glaces, des campagnes éloignées…
Mais je souhaite également rencontrer ceux qui n’ont pas apprivoisé le vide, tout un chacun
qui se débat dans nos contrées urbaines avec l’accumulation quotidienne.
En parallèle de ces collectages/imprégnations, je ferai des recherches livresques sur cette
thématique du vide, vue sous le regard de diverses cultures.
De ces recherches vivantes et livresques, naîtra une écriture. Elle sera poétique, théâtrale,
contée… Elle prendra la forme qui semblera la plus judicieuse pour rendre compte de ces
mondes traversés par le vide.
Enfin, le travail principal que je souhaite mener est un travail de haute voltige, sur la base
de l’improvisation et de l’écriture orale. Comme pour les funambules et trapézistes, la haute
voltige du mot s’entraîne. À la grâce de ces entraînements, volontairement, le spectacle
gardera de grandes zones de vides, d’incertitudes, d’organisation aléatoire, où toute la
matière rencontrée lors des étapes décrites précédemment, ressurgira au gré de la
rencontre singulière entre mon intériorité et le lieu, le public, le moment présent, le mystère
des histoires qui nous précèdent et nous succèdent, nous habitent sans qu’on en ait la
connaissance.
Chaque représentation sera ainsi unique. Chaque représentation sera un espace de risque
où je me remettrai face au vide.